Edifié à la gloire de l’empire khmer et financé par Pyongyang, l’Angkor Panorama Museum représente une manne financière pour le régime nord-coréen, qui cherche à contourner les sanctions internationales liées à la relance de ses essais nucléaires.

C’est la pièce maîtresse de l’Angkor Panorama Museum, qui vient d’ouvrir à Siem Reap, au Cambodge. Une fresque à 360 degrés, de 13 mètres de haut et 120 mètres de long, que l’on contemple juché sur un gradin central censé représenter le sommet du Phnom Bakheng,

le temple-colline dominant la plaine d’Angkor. Guerre entre les Khmers et les Chams, édification du temple du Bayon, vie quotidienne à l’âge d’or khmer… 45 000 personnes sont représentées sur cette composition. Les travailleurs ont des corps vigoureux, les femmes pilent le riz gaiement, on danse et on trinque à l’époque de Jayavarman VII.

Maquette de l'Angkor Panorama Museum qui a été inauguré le 11 février, à Siem Reap, au Cambodge.

« Il y avait quand même des esclaves », nuance notre guide cambodgien, en pointant un garde

muni d’un fouet. Il nous signale aussi ces visages aux traits coréens qui se sont glissés parmi la foule. « Les peintres ont travaillé à partir de photos », explique le jeune homme. Car ce musée à la gloire de l’empire khmer (802-1431) — bâtisseur de la merveilleuse cité-Etat d’Angkor, inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1992 — est une œuvre 100 % nord-coréenne. Il a été réalisé par le Mansudae Art Studio, un atelier d’Etat employant 5 000 personnes dévoué à la propagande de Kim Jong-un. Plus d’une année a été nécessaire à 63 « artistes méritants » pour réaliser l’immense fresque.

Un coût de 24 millions d’euros

On y accède moyennant un billet d’entrée de 15 dollars (13,30 euros), moitié moins pour les Cambodgiens. Un tarif dissuasif pour les uniques visiteurs rencontrés ce matin de février, une famille malaisienne qui s’est rabattue sur la salle de cinéma. Pour 5 dollars, ces touristes ont apprécié le petit film en images de synthèse qui retrace la construction des temples sur une musique épique. Le musée aurait coûté 24 millions d’euros à la Corée du Nord. Le contrat prévoit qu’elle empoche les revenus engrangés par l’établissement pendant dix ans, puis qu’ils soient partagés équitablement avec l’Autorité pour la protection du site et l’aménagement de la région d’Angkor (Apsara) les dix années suivantes, avant d’être

entièrement transférés à l’organisme cambodgien.

La fresque à 360 degrés, de 13 mètres de haut et 120 mètres de long, a été réalisée par 63 artistes nord-coréens et relate l'histoire de la Cité-Etat d'Angkor.

Lors de l’inauguration, Sok An, le vice-premier ministre chargé d’Apsara, a rejeté catégoriquement les critiques sur ce partenariat avec la dictature ermite. « L’investissement de Mansudae contribue non seulement au développement socio-économique du Cambodge, mais aussi à renforcer l’amitié et la coopération entre nos deux nations », a-t-il déclaré à la presse.

« Pyongyang cherche à identifier de nouvelles sources de liquidités à l’étranger. Cela lui permet de faireentrer du cash en contournant les sanctions économiques internationales » Greg Scarlatoiu, président du Comité pour les droits de l’homme en Corée du Nord

Ce lien entre Corée du Nord et Cambodge n’est pas nouveau. Le roi Norodom Sihanouk et Kim Il-sung se sont rencontrés, en 1961, au sein du mouvement des non-alignés. Après avoir été renversé par un coup d’Etat en 1970, le monarque avait trouvé asile dans un palais de 60 chambres à Pyongyang, où il put s’adonner à sa passion pour le cinéma en tournant quelques films. Mais ces dernières décennies, sous la houlette du premier ministre Hun Sen, Phnom Penh s’est davantage rapproché de Séoul, devenu le deuxième investisseur au Cambodge.

La construction de l’Angkor Panorama Museum est-elle une manière de contrebalancer cette influence dans le petit royaume ? Plusieurs observateurs rappellent que ces grands projets sont avant tout une manne financière pour le régime du Juche. « Pyongyang cherche à identifier de nouvelles sources de liquidités à l’étranger. Cela lui permet de faire entrer du cash en contournant les sanctions économiques internationales instaurées en réaction à ses essais nucléaires », analyse Greg Scarlatoiu, président du Comité pour les droits de l’homme en Corée du Nord. Selon lui, ses activités extérieures permettraient à la dictature d’encaisser

de 120 à 230 millions de dollars par an.

Vidéo : visite virtuelle du musée

Par Eléonore Sok

[Revu et… corrigé] La chronique hebdomadaire de Lucien Jedwab, correcteur au « Monde ».

C’est la Semaine de la langue française et de la francophonie. Vais-je faire la moue ? Non. Quoique… Il aura été question des « menaces » qui pèsent sur le français, et même de sa « survie ». Un mot, en ­particulier, aura été écrit et prononcé : « invasion ».

En cause, l’anglo-américain, « cheval de Troie » d’une économie pas si virtuelle. Mais est-ce un hasard si les « firmes » de la Vallée de la Silicone ne s’appellent pas « Fenêtres » ou « Pomme » ? En tout cas, dans la patrie de Jeanne d’Arc, la résistance a tissé ses réseaux. Et quelques-uns de ces bug , chip , download , e-mail , hacker , hashtag , plug&play , reset , ­ smartphone , streaming ou worm ont été supplantés par des mots ­compris à Domrémy comme puce ou ver. Alors même que d’autres peinent à s’imposer (on ne gagne pas une « guerre » au premier coup tiré) : ainsi mot-dièse ou téléphone intelligent. Et que d’autres encore font jeu égal, comme courriel (dû à nos amis québécois, qui sont sur la ligne de front) ou pirate.

Il faut dire qu’il y eut des précédents, au XIXe siècle, avec la Perfide Albion, qui prétendait contribuer à la ­régénération ­morale et physique de notre jeunesse. Nous y gagnâmes, entre autres, le tennis, le football ou le golf (pas le cricket, thank God ! ). Mais le français n’en est pas mort pour autant… Autre précédent, où des ­puristes, déjà, montèrent au créneau (les châteaux forts allaient pourtant perdre les leurs) : la Renaissance, avec son « envahissement » de mots italiens qui nous donnèrent ballet, banque, bombe, courtisane, escale, mascarade ou violon.

Conclusion ? Il n’y a pas de langue « pure ». Nos voisins par-delà le « Channel » en savent quelque chose : plus de la moitié de leur vocabulaire est d’origine… française. Et je ne pense pas aux « c’est la vie », « déjà vu » ou « bon appétit ». Mais à blue jean (bleu de Gênes) ou denim (toile de Nîmes) ; manager (­ménager) ou ticket (estiquet) ; caddie (cadet) ou hockey (hoquet) ; ­ poney (poulenet) ou poultry (pouletrie). Même tennis (« tenez ») et… sport (desport, « amusement ») en sont. Alors, un partout, la balle au centre ?

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Malgré la découverte d’une arme qui pourrait être celle du crime, O.J. Simpson ne pourra pas être rejugé pour le double meurtre de son ex-femme et de son ami. Retour sur une affaire qui défraya la chronique dans les années 1990.

13 juin 1994 : macabres découvertes

Nicole Brown Simpson retrouvée morte, à Santa Monica (Californie), le 13 juin 1994.

Nicole Brown, qui a divorcé d’O. J. Simpson deux ans auparavant pour cause de violences conjugales, est retrouvée égorgée devant chez elle près de son ami Ronald Goldman, lardé de trente coups de couteau. Les enquêteurs se rendent au domicile de l’ex-star du football américain pour l’alerter. Il est absent mais un gant en cuir ensanglanté est retrouvé dans son jardin.

17 juin 1994 : la folle course-poursuite

Photo prise lors de la course-poursuite d'O.J. Simpson, à Los Angeles, le 17 juin 1994.

Principal suspect du double meurtre, l’ex-athlète promet de se rendre de lui-même à la police, mais il fait faux bond aux autorités. En fin de journée, un shérif repère sa Ford Bronco blanche roulant sur une autoroute. Plus de 90 millions d’Américains assistent en direct à la course-poursuite qui s’ensuit, filmée par une nuée d’hélicoptères de télévision. O. J. Simpson se laisse finalement interpeller.

La fuite retransmise par CNN

3 octobre 1995 : un verdict controversé

O.J. Simpson entouré de ses avocats, le 29 août 1995.

L’inculpé s’entoure des meilleurs avocats, dont Robert Kardashian (le père de la star de téléréalité, Kim) et Benjamin Brafman (qui deviendra l’avocat de Dominique Strauss-Kahn). Le 3 octobre, après trois heures de délibération et devant plus de 100 millions de téléspectateurs, O. J. Simpson est acquitté. Ce jugement figure parmi les plus controversés de l’histoire de la justice américaine.

4 février 1997 : condamné au civil

O.J. Simpson à Key Biscayne (Floride), le 10 mai 1997.

Acquitté au pénal, l’ancien footballeur est en revanche reconnu coupable au civil et condamné à payer 33,5 millions de dollars de dommages et intérêts, dont une partie n’a toujours pas été versée. Cette condamnation ne le prive pas de sa liberté. S’il finit, en 2008, derrière les barreaux d’une prison du Nevada, où il est toujours détenu, c’est pour une affaire de vol à main armée.

4 mars 2016 : lame de fond

Les unes du "New York Post" et du "Daily News" du 5 mars 2016 relatent la découverte d'une arme, qui aurait été découverte dans la maison de l'ex-footballeur en 1998.

Alors que l’affaire Simpson est l’objet d’une minisérie télévisée, la police annonce avoir récupéré un couteau. L’arme aurait été découverte en 1998 lors de la démolition de la propriété du footballeur et transmise à un policier, désormais retraité, qui l’aurait conservée après avoir tenté, en vain, de la remettre aux enquêteurs. Ayant déjà été acquitté pour meurtre, O. J. Simpson ne peut plus être jugé.

Lire aussi : Un couteau pour relancer l’affaire O.J. Simpson

C’est presque par hasard, au détour d’une promenade sur les îles grecques du Dodécanèse, que le photographe François Halard découvre, perdue au milieu des pins, la cité abandonnée de Campochiaro, rebaptisée Eleousa. Un village fantôme, témoin de la volonté du dictateur Benito Mussolini d’italianiser la région dans les années 1930.

Le Monde | 07.03.2016 à 15h14 |Par Louise Couvelaire

Prétendument attaqué par des terroristes, un enseignant d’une école juive de Marseille aurait tout inventé. Une affabulation qui en rappelle d’autres.

Juillet 2004 : fausse attaque dans le RER D

Marie-Léonie Leblanc, qui avait inventé son agression dans le RER D, en juillet 2004.

Une femme de 23 ans déclare avoir été victime d’une agression antisémite dans le RER D. Des jeunes issus de l’immigration armés de couteaux lui auraient dessiné des croix gammées sur le ventre et tailladé le visage. L’enquête révèle vite qu’il s’agit d’une affabulation. La jeune femme, non juive, a été condamnée à quatre mois de prison avec sursis.

Septembre 2014 : prétendu délit Place de Clichy

L'ex-Femen Amina Sboui, en juillet 2014, à Paris.

En juillet 2014, la militante féministe Amina Sboui, 19 ans, prétend que des salafistes lui ont rasé les sourcils et ont menacé de la violer, place de Clichy, à Paris. Une semaine plus tard, la police l’accuse de « dénonciation d’un délit imaginaire ». L’ex-Femen avouera son mensonge en septembre dans les colonnes de Libération.

Décembre 2014 : mise en scène dans le Val-d’Oise

En décembre 2014, un employé de la compagnie des Courriers d'Ile-de-France a simulé son agression pour obtenir un arrêt de travail.

Un chauffeur d’autobus de 23 ans est condamné à six mois de prison avec sursis pour avoir mis en scène son agression à Goussainville (Val-d’Oise) afin d’obtenir un arrêt de travail. Douze ans plus tôt, à Marseille, un chauffeur déclarait, lui, que deux jeunes avaient tenté de le brûler vif. L’homme voulait être muté dans les quartiers sud de la ville.

Décembre 2015 : fiction à Aubervilliers

Des enquêteurs devant l'école maternelle Jean-Perrin, à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, le 14 décembre 2015.

Un instituteur de 45 ans dit avoir été attaqué au cutter dans sa classe par un homme encagoulé ayant invoqué l’organisation Etat islamique (EI). Quelques heures plus tard, il avoue avoir tout inventé pour attirer l’attention sur les conditions de sécurité dans les écoles. Il a été relaxé mi-février pour vices de procédure. Le parquet de Bobigny a fait appel.

Février 2016 : dénonciation mensongère à Marseille

Tsion Sylvain Saadoun (ici à son domicile à Marseille le 19 novembre 2015 ) affirme avoir été victime d'une agression antisémite.

En novembre 2015, Tsion Sylvain Saadoun, enseignant dans une école juive à Marseille, affirme avoir été blessé au couteau par trois hommes se revendiquant de l’EI dans les quartiers nord de la ville. Trois mois plus tard, l’homme de 55 ans vient d’être déféré devant un magistrat du parquet. Il sera jugé le 13 avril pour « dénonciation mensongère ».

  • Louise Couvelaire

Organisées par des bénévoles, ces réunions ont pour but d’apprendre à tous les bases de la protection des informations que l’on stocke sur nos ordinateurs et smartphones. Reportage à Paris.

Les « cryptoparties » sont nées en 2012 à l'initiative d'une journaliste australienne. Depuis, elles se sont multipliées dans le monde entier.

« Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour vousprotéger ? », interroge d’emblée l’animateur, Herdir, parmi l’assemblée d’une vingtaine de personnes, ordinateur en cours de démarrage sur les genoux. Assez vite, le trentenaire entre dans le vif du sujet et enchaîne des « mots-sésames » tels que serveur, cookies ou proxy… Bienvenue dans une « cryptoparty ».

Ce soir-là, la réunion a lieu dans un bar du 9e arrondissement de Paris. Après une heure d’échanges, beaucoup de participants repartiront avec la certitude que l’on a « tous quelque chose à cacher sur Internet, ne serait-ce que sa vie privée », comme l’indique sur son site Café vie privée, qui organise ces soirées.

Un public de “non geeks”

Caroline Lebizay, décoratrice d’une quarantaine d’années, découvre, effarée, que sur Facebook, si on clique sur « j’aime » sur la page d’une marque ou d’une entreprise, celles-ci ont aussitôt accès à toutes les données de notre profil. Premier silence dans la salle. « Chacun a sa place dans une cryptoparty, explique Herdir, un pseudonyme utilisé par ce responsable informatique afin d’isoler sa vie professionnelle de ces soirées. Il n’y a pas d’un côté les « sachants » et les « apprenants », mais plutôt l’envie de mieux faireconnaître la surveillance dont les gens font l’objet sans même s’en douter. » Et le désir d’apprendre à s’en protéger. Le public n’a pas un profil de geeks, à l’exception de deux ados venus avec leur père. La plupart sont là grâce au bouche-à-oreille.

Les cryptoparties sont nées en 2012 à l’initiative d’Asher Wolf. Cette journaliste australienne, néophyte en informatique, était très préoccupée par le vote dans son pays d’un nouvel amendement sur la cybercriminalité. Son idée va vite se répandre : des soirées s’improvisent aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou en Allemagne. A Paris, elles sont de plus en plus fréquentes, ravivées par l’actualité, qu’il s’agisse du bras de fer entre Apple et le FBI ou du vote de la loi française sur le renseignement.

Lors des « cryptoparties », on apprend les actions basiques qui permettront de sauvegarder et de sécuriser ses données.

A l’initiative de la soirée dans le 9e, Stéphanie Giraud, fondatrice de l’agence musicale Bonus Track, confirme : « J’avais assisté par curiosité à une première cryptoparty en novembre et cela m’a convaincue de sensibiliser les gens autour de moi. » Longtemps taxés de paranoïa, Herdir et ses « amis » ont vu leur discours reconsidéré à la suite des révélations du lanceur d’alerte américain Edward Snowden. « Nous ne sommes pas des hackeurs, mais un mouvement citoyen constitué de bénévoles. Nos soirées sont gratuites », insiste Herdir, le logo du Datalove tatoué sur la peau.

Ce symbole renvoie aux principes fondateurs de l’Internet libertaire : « Les données ne peuvent être possédées. Aucun homme, machine ou système ne doit interrompre le flux d’informations. » Le mouvement critique les G.A.F.A.M. (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), venus mettre à mal cet idéal en tentant de s’approprier le Net. Il n’est d’ailleurs pas sans ironie de voir aujourd’hui Apple se montrer si sourcilleux sur l’accès aux données de ses clients.

Au bout d’une heure d’évangélisation, la plupart des participants ont davantage pris des notes que « nettoyé » leur ordinateur. Sur leurs carnets, on retrouve les premiers gestes de la cryptographie : changer régulièrement son mot de passe, préférer des phrases à des dates de naissances facilement identifiables, vider son historique de navigation, occulter sa Webcam avec du scotch quand on ne s’en sert pas ou encore préférer les navigateurs Firefox ou Tor, plus libres et anonymes. Combien s’y mettront réellement une fois rentrés chez eux ?

Le photographe anglais Oliver Hadlee Pearch a voulu montrer ceux qui incarnent la créativité libanaise contemporaine, toutes origines, religions et classes sociales confondues. « Même moi, qui suis née au Liban, j’ai été surprise par la créativité, la combativité des gens », raconte la styliste Emilie Kareh, installée à New York, qui accompagnait le photographepour M Le magazine du Monde.

Il est l’un des enfants reconnus de feu Larry Hillblom, cofondateur de la firme DHL et amateur de jeunes Asiatiques. Devenu riche d’un coup, Junior Larry a perdu les pédales. Il vient d’être arrêté pour une affaire de drogue.

Junior Larry Imeong Hillbroom a empoché 50 millions de dollars après que des tests ADN ont prouvé qu'il était un membre de la famille du magnat de l'entreprise DHL.

Junior Larry Imeong Hillbroom n’avait que 11 ans, en 1995, lorsque sa mère réalisa qu’il pouvait devenir riche. Son père putatif, Larry Hillblom, le « H » de la firme de transport et logistique DHL, venait d’être porté disparu dans le crash d’un avion privé de collection dans le Pacifique, au large de Saipan. Sa mère, Kailani Kinney, avait rencontré l’homme d’affaires à 16 ans dans un bar. A l’état civil neuf mois plus tard, elle demanda à l’infirmière d’inscrire « Junior Larry Hillbroom » sachant plus ou moins prononcer, mais pas épeler, le nom du père.

Après avoir écumé les bordels du Vietnam et de Manille, le cofondateur du célèbre service postal avait développé un penchant pour les jeunes vierges d’Océanie. Dans la seconde moitié de sa vie, il était devenu le « roi » de Saipan, la plus grande île des Mariannes du Nord, contrôlant sa principale banque et profitant de sa fiscalité avantageuse.

Huit enfants supposés en Asie

A la disparition du millionnaire, une flopée de demandes de reconnaissance de paternité – et des plaintes pour détournements de mineurs – émergèrent. Mais sa villa fut mystérieusement vidée, et tout objet permettant une identification ADN passé à l’acide. Par peur de voir 600 millions de dollars leur échapper, ses frères refusèrent de se prêter aux tests ADN pouvant prouver le lien de parenté de huit enfants d’Asie-Pacifique avec « King Larry ».

Or, rien n’empêchait les demandeurs de comparer leur patrimoine génétique. Il fut établi que quatre enfants, un Vietnamien, deux Philippines et Imeong disposaient d’un socle commun. La promesse d’un don de 1 million de dollars et d’une villa en France persuada leur présumée grand-mère de se prêter aux analyses ADN. A l’issue d’une bataille juridique lourde et une fois la filiation attestée, les quatre héritiers empochèrent 50 millions de dollars chacun.

Du jour au lendemain, Junior abandonna son adolescence modeste pour mener grand train dans une villa de luxe avec vue sur un golfe paradisiaque. Cette fortune soudaine lui fit perdre les pédales. Son dernier fait d’armes : payer deux Philippines pour transporter 160 grammes de cristal méthamphétamine de Manille aux Palaos, crime qui justifia son arrestation, le 17 février.

Une évasion “pour faire la fête”

Le lendemain, profitant de la visite de son avocat, peu après 17 heures, Junior Larry Imeong Hillbroom prit ses jambes à son cou et s’enfuit par la porte principale de la prison de Koror, plus grande ville de l’archipel des Palaos, un Etat de Micronésie entre les Philippines et Guam. Filant dans un pick-up blanc au volant duquel l’attendait un complice, il blessa un officier qui tentait de le retenir par la chemise.

Le 19 février, plus de vingt-quatre heures plus tard, la police rattrapa Hillbroom, peu avant minuit, sur une plage. Il tentait à nouveau de s’enfuir, cette fois en plongeant dans la mangrove. Le jeune homme de 31 ans avait sur lui deux canettes de bière afin, expliqua-t-il, de faire un peu la fête avant de retourner en prison. « S’il sort de sa cellule pour parler à son avocat, il sera menotté et ligoté aux jambes », a précisé le ministère de la justice des Palaos, cité par le journal de Guam, le Pacific Daily News.

Extrait d’une vidéo sur la vie de Larry Hillblom et sur son fils Junior (CNBC, le 16 janvier 2013, 1’08, en anglais)

Le choix de ne pas utiliser de produit d’origine animale pourrait être sanctuarisé dans la province canadienne de l’Ontario, ouvrant la porte à des scénarios ubuesques.

En février 2016.

Avez-vous un profond respect des animaux et de leurs droits ? Avez-vous choisi de n’utiliser ni de consommer de produits d’origine animale pour des raisons éthiques ? Etes-vous végétarien ou végan pour des raisons éthiques ? Si vous répondez oui à l’une de ces questions, vos choix sont en passe d’être reconnus comme une « croyance » (creed) et protégés selon la législation sur les droits de l’homme en Ontario (Canada).

Engagée dans une procédure de révision des textes sur les droits de l’homme (Human Rights Code), la commission ad hoc de la province a rendu ses conclusions selon lesquelles « une croyance non religieuse qui influence de manière substantielle l’identité, la vision du monde et le mode de vie d’un individu, peut être considérée à l’égal d’une religion ». Autrement dit, les végans pourraient être assimilés à des catholiques ou à des bouddhistes et bénéficier des mêmes protections que celles en vigueur contre toute discrimination raciale, sexuelle ou religieuse.

Lire aussi : La philosophie à l’épreuve de la viande

Dans ses considérations, la commission ne mentionne pas spécialement le véganisme, mais ses adeptes ont été les premiers à se réjouir. Ainsi Camille Labchuk, directrice exécutive de l’ONG Animal Justice, qui milite en ce sens, précise sur son blog que, si la mesure était votée,

« une école ou une université aurait l’obligation d’« accommoder » [to accommodate] tout étudiant en biologie qui refuserait de pratiquer une dissection animale en raison de sa croyance ; un employeur aurait l’obligation d’« accommoder » un salarié qui ne pourrait porter une tenue comportant des éléments d’origine animale (cuir, laine, fourrure, etc.) en raison de sa croyance ; un employeur devrait développer une culture d’entreprise n’excluant pas les végétariens ou les végans lors d’événements professionnels qui auraient lieu dans un steakhouse et offrant une solution alternative tenant compte de leur croyance ».

Un univers d’ersatz industriels

Les opposants à cette « équivalence droit de l’homme » accordée aux végans soulignent que c’est la porte ouverte aux scénarios les plus absurdes. Que va-t-on faire des allergiques au gluten, des intolérants au lactose ou de celui qui se fait embaucher dans un restaurant « BBQ » (barbecue) et se plaint de n’être pas « accommodé » ? Plus sérieusement, l’absence de menu végétarien à un séminaire d’entreprise relève-t-elle des droits de l’homme au même titre que la discrimination raciale ou la persécution religieuse ? Il est permis d’en douter et on cherche en vain des agressions ou des attentats antivégans commis par des terroristes carnivores.

Cette nouvelle foi végane a pourtant le vent en poupe (le glacier Amorino vient de sortir des sorbets 100 % végans), portée par des arguments imparables – lutte contre la souffrance animale, préservation de la planète, principes éthiques – qui s’attachent plus à détruire un mode de vie séculaire qu’à décrire un futur végan.

Lire la tribune de Florence Burgat : « L’alimentation carnée n’a rien de naturel »

L’absence de menu végétarien à un séminaire d’entreprise relève-t-elle des droits de l’homme au même titre que la discrimination raciale ou la persécution religieuse ?

On peut aisément en imaginer les grandes lignes en se fondant sur le dogme : ni viande, ni poisson, ni lait, ni œufs pour s’en tenir aux seuls versets alimentaires. Ce qui signifie plus d’élevage, plus de pêche, plus d’aquaculture, plus de vaches dans les prés, plus de basse-cour dans les fermes. Ce qui entraîne la disparition des bouchers-charcutiers, des poissonniers, des pêcheurs, des conserveurs, des bergers, des fromagers, des pâtissiers, etc.

Lire aussi : Qu’allons-nous manger demain ?

Et la perspective d’une alimentation à base de fruits et légumes, riz, algues, graines germées ou non, avec le soja comme principal gisement de protéines. Un univers de soupes, tofu et ersatz industriels bourrés d’additifs, tel le steak in vitro ou la mayonnaise sans œufs. Il faut effectivement avoir la foi pour y croire.